Ne sépare pas deux ans se battan

Deux ânesse battant
Deux ânesse battant

A ne pas chercher à séparer deux ânes qui se battent Au village, les vieilles personnes conseillent les touts petits de ne pas chercher, où qu’ils soient, à séparer deux ânes qui se battent. Les raisons de ce conseil nous permettent de cerner un peu les phases cachées des pratiques d’intimidation des plus jeunes par les sages et de comprendre jusque où, ils s’impliquent à arranger la société en cherchant à protéger chacun et chacune sans distinction d’âge.

« Si vous séparez deux ânes qui se battent, vous aurez à faire avec un scorpion la nuit », disent toujours les vieux aux jeunes.

L’on doit se poser la question de savoir le rapport entre séparer deux ânes qui se battent et le fait d’être piqué par un scorpion.

C’est juste une manière d’intimider les touts petits pour qu’ils ne se fassent pas blessés par des ânes en colère. Généralement  quand les ânes se battent, ils courent l’un après et quand un enfant tente de s’interposer, l’entre d’entre eux peut facilement le renverser sur son passage et le blesser. De la même manière il peut être également blessé par de très puissants coups de sabots des ânes au moment où ils se battent comme dans cette image prise à Kenieba dans la Région de Kayes.

Si les vieilles personnes se contentaient de dire aux enfants de ne pas séparer des   ânes qui se battent en leur donnant juste ces raisons évoquées, ils sont convaincus qu’il y aurait des enfants têtus qui vont essayer de voir ce qui se passerait réellement et finiraient par se faire blesser. Sachant que les touts petits ont peur du scorpion comme tout le monde peut-être, les vieilles personnes essaient de leur faire peur en leur disant qu’ils seront piqués par un scorpion la nuit et là, les enfants ne penseraient même pas essayer même si personne n’est sur le lieu.

De la même manière, les sages ont toujours su protéger les hommes devant les femmes face à un cobra, un dangereux serpent qui se met sur ça queue en position d’attaque.

« Quand les femmes vous appellent pour tuer un cobra, ne vous approcher pas sinon, vos futurs enfants mourront quand ils auront la taille de ce cobra en position attaque, ont toujours conseillé les vieilles personnes aux hommes.

Bien que le sens de ce récit doit toujours rester un secret pour les jeunes ruraux, permettez-moi de l’évoquer ici pour juste montrer que tout a un sens, tout ce que font et disent nos sages et nous devons toujours chercher à comprendre le contenu avant de les réfuter carrément comme ça a toujours été le cas au cours de certaines discussions en matière de culture et de traditions.

Voici réellement ce que ça signifie :

Dans le milieu rural, c’est très mal vu qu’un homme fuit, c’est surtout encore plus humiliant de le faire devant une femme (je parle du passé).

C’est pourquoi dans le roman Sous l’Orage de Séydou Badian Kouyaté (dans le mariage de Kany), nous voyons que le père Djigui, le frère du père Benfa, a été très étonné d’attendre Birama crier à la vu d’un lézard posé sur son sac dans la maison.

Il lui a dit : « un homme ne crie pas, un homme ne fuit pas… »

 Il y a des hommes qui peuvent tenir la situation jusqu’à tuer un cobra en position d’attaque, mais sa vue seulement dans cette position peut effrayer certains et les pousser à fuir. Alors, pour qu’’un homme invité par des femmes à tuer un cobra ne dise qu’il ne peut pas ou qu’il a peur ou de fuir quand il s’approche du serpent, cette règle sociale traditionnelle interdit aux femmes d’inviter un homme à tuer ce genre de serpent. Ça ne veut surtout dire qu’il faut laisser les femmes à leurs sorts dans des situations difficile, mais juste dans des situations pareilles où la femme n’est pas attaquée, mais veut juste que tu viennes tuer ce serpent. Il est nécessaire ici de noter que parfois, les hommes dans le champ, ne sont pas toujours très loin des femmes qui cherchent des bois de chauffe et qu’il ne s’agit pas de toutes les catégories de serpents, mais du cobra.

Cette convention traditionnelle de la société par nos aïeux a pour but de protéger les hommes pour les empêcher de fuir devant les femmes.

Il y en a plusieurs exemples comme ça, qui pourraient-nous aider à mieux comprendre le sens de certaines règles de la société traditionnelle.

Ici, c’est une occasion pour nous de préciser à ceux qui pensent que faire revivre la culture et les traditions, c’est être conservateur ou de tenter de maintenir le présent dans le passé ou de ne pas suivre l’évolution du monde, que ce n’est pas le cas, mais juste de montrer comment était organiser notre société, comment était la mode de vie, le savoir vivre et le savoir faire de nos sages. Ainsi, nous pourront en tirer profit en nous inspirant du bien fondée des bonnes pratiques et d’abandonner les mauvaises et cela par conviction et non par intérêts financiers ou matériels.

Si on ne fait pas cela, qu’est-ce qu’on montrera de l’Afrique aux générations future ? Si on ne fait pas cela et qu’on refuite tout, cela ne montrerait pas que nos aïeux ont vécu, juste pour vivre ? Si tout serait faux chez nous, alors qu’ont-ils fait nos aïeux ?

Encore, ça ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec toutes les pratiques et mêmes parfois ce que nous trouvons bonnes.  Comme par exemple ici, il ne fallait pas essayer d’intimider les enfants avec un scorpion, mais il fallait leur dire les vraies conséquences, car avec la très grande intelligence des enfants aujourd’hui, ils découvrent vite la phase cachée de certaines règles sociales et alors se permettent de les transgresser. Ainsi, les repères de l’organisation sociale traditionnelle se perdent et chacun fait ce qu’il veut sans barrière dans les communautés.

En tout cas, merci à nos aïeux qui ont su cultiver la paix, l’entente, la compréhension et la cohésion sociale et familiale….

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