kɔsira (sur le chemin du marigot), un centre d’apprentissage pour les femmes du village

Groupe de femmes au bord du fleuve Niger à Ségou
Groupe de femmes au bord du fleuve Niger à Ségou

La route du marigot constituait pour les femmes, un vrai centre d’apprentissage,  de conseils et d’échanges d’expériences sur la bonne gestion couple et du foyer.

Dans les localités rurales, les femmes mariées et les filles du village se regroupaient deux fois par semaine, généralement les lundis et les jeudis pour partir faire du linge au grand marigot non loin du village. Les lundis et les jeudis parce qu’au village, il y a des jours où il est interdit de faire le linge, de se coiffer, de se raser, de rendre des condoléances…

Pendant leurs aller-retour et au bord du fleuve, au moment où les filles sans soucis (parce que pas encore mariées pour connaitre les contraintes de la vie en couple) chantent l’amour parfois en évoquant dans leurs chansons, chacune, le nom de celui qu’elle aime), les femmes mariées s’occupent de conseiller celles d’entre elles qui n’arrivent pas encore à s’adapter et à trouver la bonne manière de gérer son couple ou de s’attendre avec ses beaux-parents. Mais tout en parlant, elles prêtent les oreilles aux chants des filles pour connaitre quelle fille vit avec quel garçon dans le village (Ce n’était aussi très difficile de connaitre cela dans le comportement, l’amour entre une jeune fille et un jeune garçon n’était pas très publique au village). C’est à travers des chansons attribuées à leurs copains, que les parents arrivaient, même s’ils ne s’en mêlaient pas trop, à identifier les amants de leurs filles parce qu’ils sont informés par les femmes qui écoutent ces dernières chanter au marigot.

Quant aux femmes mariées, celles qui ont des problèmes étalent leurs soucis afin d’avoir un remède et d’avoir une vie paisible dans leurs foyers. C’est en ce moment que chacune d’entre elle et cela d’une manière réciproque, claire, amicale, sans trahison après, sans démagogie, sans rancune, contribue au débat avec son expérience, son savoir faire, son savoir être… Certaines d’entre elles partagent avec les autres, les expériences qu’elle a pu acquérir auprès de sa mère avant de se marier (la manière dont sa mère traitait son père avec patient, admiration, la bonne manière de parler  avec douceur, la façon de saluer, de donner à boire, à manger, de traiter les membres de la famille sur le même pied d’égalité,  bref la façon d’interagir avec son mari, ses amis, ses collaborateurs, tous les membres de la famille).

 Même s’il n’ya pas d’ordre dans le débat, celles confrontées à des problèmes arrivent à tirer profit dans ce que les autres disent. Avant que l’une ne finisse de parler, une autre commence à intervenir en mettant en contribuant les conseils qu’elle a pu acquérir auprès des grand-mères dans son village pendant des causeries nocturnes autour du feu au milieu de la famille pendant la saison froide, avec des proverbes, des contes, des activités de cardage et de filage du coton, de décorticage arachide, du trie de bonne graine de haricot en groupe pour la semence.

Soudain, une autre intervient avec les vertus des arbres : de l’acense, du henné, des sept nœuds sur la trousse de fils à coudre et … (je suis obligé de me borner).

Comme kɔsira (la route du marigot), les femmes du village entre elles, ont plusieurs autres centres de conseils leur permettant de vie heureuse en couple dans leurs foyers.

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