Le battage du mil au village, un événement important dans nos communautés rurales (suite)

Des femmes maliennes en train de vanner du mil
Des femmes maliennes en train de vanner du mil

Dans notre précédent article, nous avons évoqué comment se passait le battage du mil à la main et  qui a laissé place aux camions BEN qui a leur tour, ont tendance à être remplacés par une machine appelée la batteuse du mil. Cette machine, même si elle n’est pas très appréciée par une large majorité des populations rurales, commencent à s’implanter dans certains villages maliens.  Oui, avec les camions BEN, le battage du mil a été plus simple, plus facile et plus rapide, mais au même moment, nous avons assisté à la disparition progressive des facteurs socioculturels et traditionnels que renfermait cette activité auparavant.

Une fois fini de battre le mil d’une famille, le chauffeur du camion se dirige vers l’aire de battage du mil d’une autre famille dans le même village. Au même moment, le chef de la famille  dont on vient de terminer avec le mil, retourne dans le village informer les femmes qui vont se charger d’aller vannage.

En ce moment, le village est plein d’étrangères, notamment  des tantes, des sœurs, des nièces et des cousines mariéesDSC_0388 en ville et dans d’autres villages  qui sont venues pour l’occasion afin de retourner après les récoltes, avec quelques sacs chez leurs maris. Toutes ces femmes issues nées dans le village, mais mariées ailleurs, prennent une autre appellation commune : « soden »  ou « namaaden » en bambara. Permettez qu’on ouvre une parenthèse sur ces deux appellations qui ont leurs significations dans notre société.

« Soden »  soden veut dire l’enfant de la famille et concerne une fille de la famille qui est mariée ailleurs, mais qui est venue rendre visite à ses parents. En ce moment, elle n’est plus traitée dans sa  famille paternelle comme elle était traitée avant de s’être. On lui accorde plus de considération, plus de respect, plus de facilité, non seulement parce qu’elle a maintenant des responsabilités chez son mari, mais également pour qu’elle passe de très bon séjour dans sa famille paternelle avant de retourner chez son mari.  Avant la fin de son séjour, elle joue le rôle de médiateure  entre ses frères et leurs femmes. Elle évoque et cherche une solution amiable à toutes les petites mésententes qu’elle aurait constatées à ce niveau. (A suivre dans un prochain billet).

 « Namaaden » Celles concernées vont m’excuser parce qu’il est temps que le sens profond de nos langues soit connu et qu’elle joue pleinement leurs rôles socioculturels dans notre société.  Ainsi, cela vaut une raison qu’on touche à ce point. « Namaa », c’est l’intérêt  et « den », c’est l’enfant. Alors, « Namaaden » veut dire l’enfant qui vient chercher son intérêt. Cette appellation ne se dit pas dans un sens négatif mais juste pour apprendre aux jeunes de la famille que «soden,  Alors, /namaden» ne doit venir et retourner chez son mari les mains vides. Il faut toujours avoir à leur faire un petit cadeau à chaque fois  qu’elle fait un tour dans la famille paternelle. (Nous en reviendrons plus longuement dans d’autres postes…).

Informées que le chauffeur a fini de battre le mil, toutes les femmes du village, munies de calebasses et de balaies, se dirigent vers l’aire de battage au moment où les tourterelles attendent impatiemment sur les branches des grands arbres non loin de là, pour qu’elles viennent fouiller les résidus de mil quand les femmes finissent de vanner. Même si elles sont pressées, les tourterelles sont obligées d’attendre que les femmes interviennent en premier lieu. Ainsi, un proverbe bambara voit le jour pour l’occasion : «même si les tourterelles sont pressées, elles ne peuvent pas être les premières à vanner le mil sur l’aire de battage du mil». L’ouverture d’une autre parenthèse est nécessaire ici pour montrer  le sens de ce proverbe qui doit  nous servir beaucoup aujourd’hui. Dans la vie actuelle, nous constatons qu’il y a des gens qui ne sont jamais prêts à respecter l’ordre des choses. Ils veulent toujours marcher sur les autres pour satisfaire leurs désirs. Ce proverbe a pour but de montrer à ces genres de personnes qu’en brûlant  toujours des étapes, on doit parfois s’attendre au pire comme les tourterelles seraient chassées si elles tentaient de prendre la paternité des grains de mil sur l’aire de  battage…

DSC_0376Une fois les femmes présente sur l’aire de battage, la présidente des femmes et ses adjointes (pas élue dans un cadre politique, mais par consensus et par groupe d’âge), avec une tige de mil, viennent tracer la part de chacune sur le tas du mil battu. Ainsi faite, chaque femme aider par ses filles, s’occupe à vanner ses parts de tas. Avec les braves et courageuses femmes rurales, les bras en l’aire avec des calebasses remplies de mil battu, dans une grande poussière se dirigeant dans la même direction que le vent, nous voyons des petits tas de grains de mil se former à côté de leurs pieds par terre, quelques minutes après qu’elles aient commencé ce travail. Vanner du mil battu n’est pas une tâche pas facile parce que les femmes passent toute cette période dans la piqûre des résidus du mil qui fait très mal au corps, mais les gardiennes des mœurs se découragent pas, ne se fatiguent, ne prêtent pas attention à ces souffrances et pour l’occasion, un autre proverbe bambara se laisse entendre : « les piqûres des résidus du mil sont toujours acceptées lors du vannage, dans l’intérêt d’obtenir des grains ». Ce proverbe bambara fait allusions au fait qu’une femme se patiente et accepte certaines souffrances dans son foyer. Il veut juste montrer que la femme ne se patiente pas seulement pour l’amour de son mari, mais aussi à cause du fait qu’elle s’attend à des enfants qu’elle va aider à avoir un avenir meilleur pour que ces derniers dans le futur, au moment où elle vieillit, puissent prendre soin d’elle. Oui, ce proverbe ici, doit attirer les papas sur le fait qu’en voyant nos mamans se soumettre, c’est non seulement à cause de l’amour qu’elles leur accordent, mais à cause de nous les enfants dont l’avenir est entre leurs mains. Ce même proverbe interpelle nous les enfants, de penser toujours à toutes les peines que nos mamans conçoivent à cause de nous, même avant que nous ne soyons encore nés… (Les détails dans un autre article à venir…)

Plus les femmes continuent à vanner, plus des tas de grains de mil poussent sous leurs pieds et plus les femmes de laDSC_0404 famille propriétaire du mil qu’elles sont en train de vanner sont contentes de savoir que les achats de sacs de mil durant toute la période de soudure prendra fin le même jour où le lendemain parce que dans quelques heures, l’intérieur du grenier va revoir des étrangers. Spontanément, les femmes sont buttées à une autre difficulté qui ralentit leur travail. C’est le manque de vent leur permettant de bien trier les grains  de mil. Quand il ne vente pas beaucoup, les femmes peuvent passer deux ou trois jours à vanner un tas de mil qu’elles devraient normalement finir en une journée. Mais, sachons que l’Afrique est très riche de connaissances et de traditions et c’est à chacun de jouer pleinement son rôle dans un problème posé et qui le concerne.  Dans ce cas précis où les femmes constatent qu’elles ne peuvent pas bien travailler parce qu’il ne vente pas beaucoup, la Présidente des femmes est interpellée et tous les regards se tournent vers elle. La vieille femme, dotées de connaissance dans ce domaine qu’elle a apprise avec ses grands parents, met son talent en pratique avec des connaissances traditionnelles pour remédier cela immédiatement.  Nous n’allons pas détailler ces pratiques traditionnelles  ici, mais du coup, quelques temps après, un grand vente commence à emporter les calebasses posées par terre par les femmes qui attendaient la réussite de l’œuvre de leur  guide. Le vent devient tellement puissant que ça peut empêcher les femmes à vanner le mil de crainte que le vent ne remporte les grains. Alors, un temps de détente commence entre les femmes sur place comme entre un très bon professeur qui lit des fatigues sur le visage de ses élèves trop concentrés et qui tente de les distraire un peu. Alors Les petites filles de la vieilles dame qu’elles appellent   sorcière vont encore la taquiner en ces termes : «Heyi toi qui ne connais de limite en rien, quand on dit que l’eau est bonne pour les oignons, ce n’est pas pour une quantité où ils se noient ». Elles continuent : « Oui, on t’a demandé de nous aider avec du vent, mais pas à un niveau où on ne peut même plus travailler à cause sa puissance. Tu es vraiment idiote.» Cette taquinerie met encore momentanément fin au travail car du coup, la vieille sorcière vient accuser (humour) une des étrangères d’avoir soufflé ces mots à l’oreille de ces jeunes filles et finir par l’amender de payer des colas ou des bonbons. Alors, toutes les femmes s’impliquent dans ce moment de détente qui distrait tout le monde.  Avant qu’elles ne finissent avec ces éclats de rire,  la Présidente s’éclipse dans la nature, (on ne sait pas où elle va), mais de toute façon pour aller voir si elle peut réduire la vitesse du vent…

A suivre…

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