« Mɔgɔya ye juru ye » (l’humanité est une chaine, un lien)

DSC_0503« On ne peut, à partir d’un tronc d’arbre, atteindre un autre tronc d’arbre, mais on peut, à partir d’une personne, atteindre d’autres personnes » en mettant en place de relations sérieuses et porteuses et de franches et fructueuses collaborations sans distinction de race, de religion, de culture et de condition sociale… Cette idée qui vise d’une manière naturelle à harmoniser les liens entre les humains dont la mise en application dans nos dits, faits et geste renforce la coexistence, les sages ont voulu l’exprimer à partir de l’expression « Mɔgɔya ye juru ye » (l’humanité est une chaine), un patrimoine immatériel au Mali qui désigne la bienfaisance, la bonté, la loyauté, le respect de soi et des autres, bref, tout comportement, tout geste favorable à la bonne marche de l’humanité, favorable au renforcement des relations humaines et qui doit s’appliquer d’une manière réciproque dans un sens ou dans un autre.

Mais, toujours selon les sages, la manière dont on comprend cette réciprocité, le sens qu’on donne à cette flèche aller-retour dans les gestes entres les individus est négatif avec la traduction (l’humanité est une dette) juru désignant la corde ou la dette en bambara. Faire du bien à quelqu’un, même s’il doit effectivement s’en souvenir et le reconnaitre intérieurement à tout moment, n’est pas synonyme de l’avoir acheté ou de l’avoir attaché dans sa liberté. D’après les vieux, ce dernier sens ne touche pas la signification profonde et le facteur moral de l’expression avec cette pensée que «l’homme n’est rien sans les autres» et tout ce qu’on fait pour les autres, on le fait avec conviction et sans contrepartie.

Comme exemple, les sages citent les pratiques qu’on voit aujourd’hui pour les cadeaux qu’on donne lors des cérémonies de mariage ou de baptême. Ils évoquent ne pas arriver à comprendre pourquoi certaines personnes arrivent à réclamer un cadeau qu’elles ont donné à quelqu’un lors de son mariage ou le baptême de son enfant si cette dernière n’arrive pas à leur restituer ces mêmes cadeaux sinon plus lors d’une des cérémonies qu’elles ont organisées. Pour les vieilles personnes, cela n’est plus considéré comme cadeau, mais un crédit, une dette qu’on a accordée à l’autre lors de son mariage et qu’elle doit obligatoirement rembourser à son tour. Cela dépasse le sens de cette expression qui vise à ne même plus se rappeler être venu en aide en faveur de quelqu’un dans une circonstance. Pour eux, si la personne pour qui on a fait du bien te venait en aide quand tu es dans le besoin, c’est très normal et c’est le sens même de l’expression, mais ce n’est pas nécessaire de le lui rappeler ou de le lui réclamer quand il ne le fait pas car tu ne sais pas dans quelle condition la personne se trouvait au moment où tu étais dans le besoin.

Ceci est la pensée des sages, vous pouvez partager la vôtre avec nous en commentaires.

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4 commentaires sur “« Mɔgɔya ye juru ye » (l’humanité est une chaine, un lien)

    • Ouiii Internet vient renforcer cette chaine. Je voudrais même ajouter s’ils avaient cette connaissance, les vieux créeraient internet car les mêmes objectifs avec les réseaux sociaux.

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  1. Je partage d’idée des sages. Mais en leur temps la société n’était pas au tant matérialiste que aujourd’hui. Les gens étaient plus conscients que de nos jours. Je peux dire , les raisons qui font que la jeune génération réclame cette dette sont dues au fait que les gens n’ont plus la conscience q’avaient nos ancêtres, ils ne sont plus honnêtes et cherchent coûte que coûte à s’ enrichir. Du coup quand j’ai un évènement je tend mes bras à tous ceux qui me font un geste de solidarité. Mais qu’à leur tour je ne peux jamais faire un geste car ça va m’appauvrir. La personne l’accepte cette situation une fois, deux, mais au bout de la troisième fois elle dira soit merte soit il lancera le bout de la corde. Au temps de nos ancêtres tous étaient vis versa à la hauteur des moyens des uns et des autres, jamais d’omission totale. Et cela est valable même entre la classe des nobles et celle des castres.

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    • Bonjour tambadou. Merci d’avoir pris ton temps pour partager avec nous ton point de vu sur ce sujet. Ce que tu dis est clair. Et, cela a une grande conséquence sur nos fréquentation, nos amitiés, nos relations, nos collaborations, bref, sur tous nos liens. Que peut-on faire maintenant pour maintenir le cap de la sagesse dans ce sens là? Merci

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