Diallo, Diakite, Sidibé et Sangaré, des noms différents nés d’une même famille ?

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Un jeune peul à l’entrée de sa case au Mali 

« Les quatre fils de la femme peule », avons-nous tous appris dans les chants et louanges  en faveur des peuls par les griots du Mal, mais sommes-nous nombreux à connaitre sa signification réelle?  Même si j’avais appris quelques versions sur ce passage dans les louanges, cette petite histoire que je vais raconter ici nous permettra probablement d’avoir une idée un peu plus claire sur ce liens entre les noms Diallo, Diakité, Sidibé, Sangaré.

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Pas besoin d’avoir fait la fac d’architecture pour construire une superbe maison

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 La terre locale foulée au pied mélangée au son de petit mil, les briques faites à la main et cuites par le soleil et un savoir faire ancestral qui perdure : voilà la bonne recette, et c’est beau! Contrairement aux maisons en béton au toit de tôle, dans les maisons traditionnelles pas besoin de climatisation : frais à la saison sèche et doux à la saison des pluies…

Proverbe bambara: « Quand tu vas au marché parce que ta coépouse y est allée, si ta condition financière ne vaut pas celle de ta coépouse, alors tu es allée te faire ridiculiser davantage »

« Quand tu vas au marché parce que ta coépouse y est allée, si ta condition financière ne vaut pas celle de ta coépouse, alors tu es allée te faire ridiculiser davantage »

Aujourd’hui, une des raisons des grandes difficultés dans nos sociétés réside dans le fait que chacun veut toujours économiquement paraître comme l’autre même si les conditions économiques sont différentes. Alors, se comparer économiquement à quelqu’un qui gagne mieux que toi, se créer des soucis, des ennuis, c’est s’humilier…  et c’est que ce proverbe bambara de Ségou veut mettre en évidence.

Qu’on s’assoie ou pas sous l’ombre d’un arbre géant, cela ne diminue en rien sa grandeur (proverbe bambara)

DSC_0019Ce monde moderne dominé par les Nouvelles Technologies de l’Information et de Communication qui mène une distance entre  les jeunes et les vieilles génération dans la transmission du savoir africain, de bouches à oreilles. Les vieilles personnes, nostalgiques,  assises sur de vieilles nattes ou de vieilles peaux d’animaux au fond leurs vieilles maisons, les têtes baissées entre les deux genoux, les jambes entourées par les deux bras, murmurent sur le sort des jeunes générations.  Quand on leur demande, ils disent qu’ils sont inquiets, inquiets selon eux, du sort des jeunes génération qui, toujours accrochées à leurs « boites à paroles » (désignant le téléphone), n’ont aucun temps de les approcher pour apprendre sur leurs passé. Ainsi, les mots s’enchaînent, elles secouent les têtes et laissent entendre ce proverbe qui dont le contenu signifie: « que les jeunes aient le temps ou pas d’apprendre avec les vieilles personnes, les sages resteront toujours sages, le perdant, c’est la jeunesse »

L’origine du mot Kouroukanfouga 

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Selon le gardien des traditions de Kangaba, avec qui nous avons beaucoup causé, nous a raconté le sens du mot Kouroukanfouga.

Selon lui, les gens donnent plusieurs interprétations non réelles  au mot «Kouroukanfouga», comme par exemple quand les gens disent « espace libre sur la colline », la traduction terre à terre du mot alors qu’il n’y a même pas de colline sur les lieux.

DSC_0192L’origine du mot «Kouroukanfouga» :

Au-delà de son rôle de lieu de rencontre pour la prise des grandes décisions au Mandé, «Kouroukanfouga» aurait également été  le palais de la justice où auraient été jugés et sanctionnés les auteurs de fautes graves pouvant entraver la bonne marche de la société et les idéaux  de l’union, de la paix et de la cohésion sociale. Si quelqu’un est jugé non coupable, les sages (juges) le libéraient avec ces mots : «comporte-toi bien, sinon si on t’attrape une prochaine fois et que tu sois jugé coupable, les populations t’entendront crier quand on te ligote pour te sanctionner».

«Les gens t’entendront crier quand on te ligote pour te sanctionner », c’est cette phrase en malinké qui a donné le nom Kouroukanfouga » «N’an k’i mina filila nin ko, mogow b’i kouroukan mèn fouga kan ».

Aussi, au moment où on ligotait un coupable, il criait et les populations depuis au village, diraient : «ça c’est la voix de tel en train d’être ligoté sur le Fouga, donc il est jugé coupable ». Fouga désignant le grand espace libre…

Les valeurs de certains objets dépendent de leur sens sociétal au village

Une maison ancestrale au village
Une maison ancestrale au village

Oui, la valeur de cet objet traditionnel ne concerne plus son rôle ou sa beauté, mais du sens que lui donne son propriétaire qui dit : « c’est un des héritages de mon père que je garde après sa mort. C’est un grand souvenir pour moi. « 

Que l’âme du père de ce jeune que j’ai rencontré dans la Région de Mopti repose en paix. Dans cette famille, à côté des belles maisons traditionnellement construites qu’occupent le jeune hommes et ses deux femmes, se trouvent une très vieille maison qui a suscité ma curiosité. La causerie sur l’importance des traditions et de la culture dans le monde moderne nous a conduit jusque dans la vieille maison vide il y a des années.

Avec fierté et insistance, le jeune homme m’a expliqué ce qu’est cet objet suspendu et pourquoi il le garde.

L’objet suspendu est appelé Jakumajuru en bambara (la corde du chat en traduction terre à terre). Il sert à garder les objets contre les chats dans la maison comme le lait, le poisson grillé (les condiments de la semaine gardés) par les vieilles. Les vieux utilisent également cet objet pour garder certains objets d’homme.

« Je garde cette maison et cet objet comme héritages et pour souvenir de mon père, pour souvenir pour l’esprit de mon défunt père et dans les jours à venir, je les montrerai à ses petits enfants qui sont mes enfanté », m’a expliqué le jeune avant d’ajouter :

« Je ne garde pas cette maison et cet objet parce qu’ils sont beaux, mais parce qu’ils jouent un rôle important dans ma vie. Ils sont des repères pour moi et quand je les laisse disparaître, je ne pourrais plus rien montrer pour dire que mon père a vécu ici. C’est ça, leurs valeurs et à cause de ces valeurs là, j’aime cette maison plus que ces nouvelles maisons que tu vois à côté ! »

Oui, le jeune était motivé dans ses explications parce qu’il voyait sur les yeux de son interlocuteur, un grand intérêt accordé à ce qu’il dit. Oui, j’accordais de l’importance à ce qu’il dit et cela non seulement parce que ces propos m’intéressaient, mais également parce que c’est ce qui se doit. Quand quelqu’un te parle, il faut le considérer, il faut l’écouter attentivement, il faut lui monter que tu donnes une place dans ton esprit à chaque phrase qu’il prononce, même si cela a aussi tendance à disparaître dans un monde de matériels aujourd’hui, une fois qu’on sent que ce que l’autre dit, ne nous apporte pas beaucoup financièrement! ET surtout, que qu’il disait m’apportait beaucoup culturellement même si je les connaissais.

Le jeune continue son récit en ajoutant :

« Mon amour familial prend en grande partie son origine dans cette maison parce que c’est là, que j’ai fais mon enfance, c’est dans cette maison que je me rappelle de mes jeux puérils à côté de ma maman, que je me rappelle de la place de mes habits, de mes chaussures, de mes jouets et c’est tout cela qui rattache un Homme à sa famille, à son village, à sa communauté… Mais, je ne retrouve aucun de ces sentiments dans ces nouvelles maisons que j’ai construites moi-même. »

Ça a été une très belle causerie engagée où le temps, ennemis des bons moments; est venu mettre fin à tous ces récits au crépuscule, le moment qui devait coûte que coûte me trouver chez mon tuteur selon les traditions et une tradition que j’ai respectée.