L’immigration clandestine vue par un blogueur villageois dans le domaine culturel

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Crédit photo: LE FIGARO

Bientôt, la mer méditerranée pourrait être considérée comme un grand cimetière d’hommes et de femmes africains voulant se rendre à l’autre rive considérée comme le paradis sur terre, (Europe), désespérément à la recherche de meilleure conditions de vie. Il y a très longtemps que les informations relatives aux naufrages de migrants en méditerranée sont devenues quasi-quotidiennes et alimentent toutes les grandes chaînes de télévisions mondiales.

Aujourd’hui, le phénomène de l’immigration clandestine devient mondial et préoccupe toutes les grandes organisations mondiales, dont les rencontres se multiplient à la recherche de solutions à cette tragédie pour l’Afrique. Oui pour l’Afrique mais également pour les pays d’accueil quand on s’en tient aux discours prononcés à ce sujet. Plusieurs causes sont évoquées comme poussant les jeunes africains à aller se noyer dans l’eau, parmi lesquelles, la pauvreté! Oui, la pauvreté, mais sont-ils les seuls pauvres en Afrique ? Ces jeunes dont la seule expression serait :

« Je meurs dans l’eau ou je sors et je deviens riche »

Certaines causent ne seraient-elles pas superficielles par rapport à la cause réelle des causes évoquées ? Même si je n’ai pas encore lu toutes les causes peut-être ? Nous sommes-nous demandés de connaître certaines causes depuis la source dans les villages où ces jeunes quittent leurs pères, mères, femmes, enfants et amis d’enfances ? Nous sommes-nous demandés la responsabilité de la société dans ce phénomène qui inquiète aujourd’hui plusieurs pères de famille au village ?

C’est en réponse en ces questions qu’un jeune villageois livre ici sa vision sur certaines causes pertinentes, mais probablement ignorées ou négligées de ce phénomène humiliant pour le continent africain !

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Crédit photo: image prise sur Google

Le destin, oui le destin est beaucoup considéré chez nous en Afrique quand il s’agit d’être milliardaire ! Oui, c’est son destin de gagner cette meilleure vie, dit-on de quelqu’un de très riche en Afrique et sa considération et sa valeur dans la société dépendent de cette richesse, oubliant que parfois, c’est dans les salons bien meublés qu’il faut chercher la dépravation des mœurs comme évoque Yoro Diakité, l’auteur du livre « Une Main Amie ». Mais la règle d’accorder tout au destin est transgressée chez celui qui n’a pas eu la chance d’avoir le minimum pour vivre et de pouvoir tendre la main contenant…

Parfois, quand on n’a rien, on est moins considéré et même dans sa propre famille. On devient comme inexistant, comme si l’existence d’un homme dépend de son bien matériel et non de sa moralité, de sa façon de se comporter, de voir les choses et de les traiter! Tu es oublié dans tout et à jamais, même dans tes propres droits, jusqu’au jour où le temps contraire se présente ! Cela atteint la communauté où tu seras humilié, ridiculisé partout où tu te présentes et cela, juste à cause du fait que tu n’as pas les bien matériels que tes semblables ! Ça devient plus grave et soucieux pour ce jeune quand cette humiliation va commencer à atteindre sa femme et ses enfants  au milieu de leurs semblables et le jour où il va commencer à apprendre que sa propre mère est considérée dans la communauté comme étant la source de ses malheurs. Oui, les mères souffrent dans ce domaine là; surtout dans certains milieux  ruraux où il est considéré dans toutes les coutumes que l’échec d’un enfant, surtout d’un garçon, est le résultat des mauvais comportements d’une femme envers son mari ! Alors, dès que l’humiliation atteint ce niveau, ce jeune, malgré sa résistance physique et morale, est déstabilisé ! Il perd espoir et cesse de  résister à cette négligence et à la critique envers ses femmes, ses enfants, sa mère surtout si c’est une famille polygame dans laquelle les enfants d’une des épouses ont réussi et que c’est le contraire chez ceux de la coépouse.

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N’ayant plus de repère, ce pauvre jeune garçon va préférer la mort à cette misère qu’il trouve infinie et cette expression de : « Je meurs où je sors pour devenir riche », qui prend peu à peu une grande place dans son esprit! Seule sa femme alors sait qu’il s’apprête à prendre la mer, sinon  parfois il n’informe personne. Il plie bagage, quitte le village et se dirige vers le couloir de la mort : la mer méditerranée ! Certains arrivent à traverser, à avoir une très bonne chance et deviennent effectivement riches pour soit revenir au village ou résider dans le pays d’accueil !

Ceux qui n’ont pas cette chance de traverser, périssent dans l’eau !  Ils périssent désespérément au fond de la mer, très loin de leurs pères, mères, femmes et enfants. Des années passent, mais à cause de la distance et du manque d’information, certaines vieilles femmes au fond de leurs cases rondes dans les villages, pensent toujours que leurs enfants les ayant quittés il y a des années, vaguent aux grandes occupations en Europe et reviendront vers eux un jour, alors qu’ils ont devenus des proies des requins au fond de la mer il y a des années. Parfois, les nouvelles filent et celle de la noyade de certains atteint très vite leurs familles, leurs localités. Avec un air pitoyable, on va rendre visite à la famille pour présenter les condoléances sans avoir l’idée de nous dire que probablement, la société a une part de responsabilité dans cette tragédie.

La culture, un facteur de lutte contre l’immigration clandestine

La solidarité et l’entraide sont les facteurs qui donnent goût à la vie au village. « Un pour tous et tous pour un » prévalait dans toutes les activités villageoises. les voisins se soutenaient dans les événements heureux et malheureux sans contrepartie. Il arrivait parfois qu’un chef de famille aille réveiller son voisin chef de famille avec un gros sac de mil dans la nuit avancée, sans que personne ne le sache, quand il savait que la famine a atteint la famille de ce dernier.  de la même manière, les jeunes s’entraidaient et se protégeaient contre l’humiliation. Les frères de même famille, les amis du même et de différents villageois se prêtaient les habits pour aller dans les cérémonies de mariage, de baptême, de fêtes traditionnelles. Oui, c’est incontestable qu’il y a juste quelques années, on pouvait voir une seule chemise porter à tour de rôles par cinq, six personnes dans les cérémonies, sans réellement savoir à qui cette chemise appartenait, qui l’a achetée au juste. Les avoirs de l’un appartenait à tous. On entendait très rarement l’expression « c’est pour moi ». Chacun était couvert au village, personne ne s’inquiétait  car les mains tendues formaient une chaîne solide qui mettait tout le monde à l’abri des humiliation!

Brusquement, il y a quelques années, tout a bouleversé et chacun s’est vu maître de son destin. L’idée de la propriété a pris le dessus et l’individualisme s’est installé entre les jeunes dans les villages. Quand un jeune porte les souliers de son ami pour aller dans une cérémonie dans un village, il apprend lors d’une autre rencontre dans un autre village, que les souliers qu’ils portaient dans l’autre cérémonie appartiennent à son ami. Le voile a commencé à se lever sur ce facteur de soutien réciproque, dissipant peu à peu la confiance entre les amis dans ce domaine. Chaque jeune du village s’est vu comme ça être obligé de voler à ses propres ailes pour mener une vie au village comme les autres. Ainsi, le matériel a pris le dessus dans l’amitié et dans la collaboration. les comparaisons ont commencé dans les rencontres entre les jeunes en matière d’habillement et de moyen de déplacement. Ceux ne pouvant pas se donner une bonne apparence, ont commencé à se voir humiliés, ridiculisés et peu considérés sur place. Le phénomène a pris une telle ampleur que certains refusent de revenir au village quand ils savent que ce qu’ils ont gagné à l’exode rural ne leur permettait pas de vivre comme leurs semblables. Ainsi, les villages ont aussi commencé à être vidés au profit de la vie en ville laissant la famine s’installer vue qu’il y a peu de bras valides dans les localités rurales pour travailler la terre.

Ne trouvons-nous pas que la disparition de facteurs culturels et traditionnels peuvent être considérés parmi les causes de l’immigration clandestines? Si c’est le cas, la société n’y trouve pas sa part de responsabilité. Alors que faire?

Vue l’ampleur que le phénomène prend aujourd’hui, il est très nécessaire d’aller chercher approfondir les recherches sur ces facteurs au villages et les y remédier si possible afin que les jeunes vivent dignement en leur offrant des grandes opportunités de travail sur place et de bien gagner leurs vies.

 

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4 commentaires sur “L’immigration clandestine vue par un blogueur villageois dans le domaine culturel

  1. Sanakou, une belle analyse (un peu longue!). Je dois, cependant préciser que c’est seulement dans les pays d’origine de ces migrants que les informations les concernant sont quasi quotidiennes. Autrement, les migrants sont devenus la préoccupation quotidienne des pays de destination. On ne peut pas capter une radio ou une TV sans en entendre parler. On ne peut pas sortir de chez soi sans les voir mendiant, se saoulant à 10 heures du matin, dormant par terre.

    C’est une véritable invasion! Du 1er janvier au 15 mai 1976, ce sont près de 200 000 immigrés qui ont débarqué en Europe, dont près de 32 500 dans la seule Italie.

    Dans la semaine terminée hier, ce sont 15000 personnes qui ont été sauvées et débarquées en Italie. Le site algérien elwatan.org écrivait aujourd’hui: « On prévoit l’arrivée de 300.000 demandeurs d’asile, dans la péninsule, d’ici la fin de l’année. En 2015, plus de 144.205 réfugiés sont arrivés en Italie, seuls 12.000 ont pu été expulsés. » En ce moment je regarde Al Jazeera qui mentionne de 700 naufragés au large de l’Italie, au cours de la journée.

    À l’intérieur des pays d’accueil, les conséquences de ces arrivées ont abouti à la montée de l’extrémisme; ce qui rendent la vie en Europe de plus en plus difficile, malgré la générosité de la majorité des européens et les appels du Pape François. En outre, étant dans leur grande majorité musulmans, souvent aux opinons incroyablement rétrogrades dues à l’ignorance de leur propre religion. Les médias rapportent chaque jour des incidents dus à la difficulté d’intégration: des hommes qui refusent de serrer la main aux femmes qui doivent s’occuper d’eux, des familles qui se lèguent pour défigurer, tuer ou rapatrier leurs filles qui osent sortir avec des européens ou tout simplement qui s’habillent à l’occidentale, des gens qui pissent derrière les arbres, etc. À Rome, en essayant de leur donner des conseils lorsque je les vois se disputer devant les magasins des chinois ou sous les fenêtres des italiens, il m’est arrivé d’etre insulté et même d’être menacé physiquement.

    L’Europe n’est plus une terre promise, confrontée à une crise qui dure depuis déjà trop longtemps. En outre, contrairement, aux réfugiés provenant de Syrie par exemple, il est difficile pour certains africains d’être intégrés dans l’économie européenne. Beaucoup de jeunes, comme tu l’écris proviennent directement de leur village. À par le désir de devenir riches, ils n’ont aucun projet pour atteindre cet objectif. J’ai rencontré à Rome, des maliens qui ne parlaient que le bambara.

    C’est ça qui me rend la vie difficile en Europe, bien que plus d’une douzaine des membres de mes proches y vivent, à mon deuxième fils et sa famille.

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    • Merci Abdoulaye, pour cet éclaircissement par rapport à ce sujet que je trouve très important et inquiétant, mon ami! Nous avons toujours besoin de vos éclaircissements et de vos conseils. Merci

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